(Témoignage historique du sous captaine mogette de la brigade des Green’pitres)

Ce texte est avant tout une réflexion personnelle (et chaque clown peut avoir un témoignage différent et ne pas être d’accord bien entendu).

C’est la vision à un instant T et aussi une stratégie pour mieux vivre.

Témoignage :

Depuis bientôt 3 ans (nous étions en 2009 quand ce témoignage est écrit), je pratique le clown activisme et cela a fortement modifié mes modes d’actions et ma façon d’aborder la vie.00 14 Juillet 2006  A3

Constats :

Après un certain nombre d’années de luttes plus ou moins violentes, une forme de routine militante s’est installée. Dans la forme : réunion, tractage, collage, manif… et dans le fond : guerres des chapelles, enfermements dans une persuasion d’idées sans remise en question, côtoiement de mêmes personnes…

Bref, je me posais des questions sur l’efficacité de mon militantisme et de ce que cela apportait à ma joie de vivre. Bien sûr, je continue ces activités, mais beaucoup moins. Survient alors un projet de vie collective. Et là, c’est parti, j’ai sauté le pas du « réactionisme » (toujours réagir à ce qu’on nous impose) pour tendre vers le « constructivisme » (construire maintenant le monde dans lequel je souhaite exister). Pour arriver à mes fins, il me fallait participer à la mise en place d’un  « autre » rapport de farce. C’est à ce moment que j’ai découvert le clown activisme : les premières rencontres furent rapides et précieuses.bisous police

Il me fallait plus de joie de vivre, exactement les buts de l’armée des clowns ! Actions directes non violentes de désobéissance, solidarité exacerbée, pas de hiérarchie, autogestion, autonomie, clandestinité (en partie), écoute de l’autre, intégration spontanée des « nouveaux nouvelles », travail technique pour du visuel, rire, m’amuser et amuser les autres…

Oui, pour arriver à cela, il faut modifier sa perception du temps, ne plus suivre celle que l’on nous impose. Ce projet de « rétablir la joie de vivre face à la tristesse du monde », me prendra sans doute toute ma vie et c’est bien là ma raison d’exister : participer à la création d’une autre civilisation. A partir de là, le clown m’a aidé à sortir un peu plus de l’emprise comportementale que m’imposait le système. Il m’a permis de lâcher prise, c’est-à-dire de parler plus avec mon cœur et moins avec mon cerveau. Ma rage de vivre s’est accentuée d’une force !!! Écoute de l’autre, respect, entraide, faire attention à autrui, s’exprimer de façon non-violente (physique et verbale). Que du bon !!!

Stratégie :

Pour l’instant, le clown est une étape expérimentale. De plus, ce n’est qu’une partie du puzzle de mon activisme et 17 Etat de démencede la vie de tous les jours. Mais c’est actuellement la plus importante, car c’est celle qui régénère les autres. La stratégie me plaît, son efficacité, on la mesurera dans le futur. Nous n’en sommes qu’au début. Le clown joue. Et de fait, le jeu proposé est le sien et non celui du système. Féroces de l’ordre, médias ou autre adversaires n’ont pas l’habitude de ne pas jouer leur jeu. On appelle ça la confusion. En effet, les forces de l’ordre ont l’habitude de la confrontation, et bien là non, on les protège, on les mime avec absurdité…

Cela désamorce certaines craintes ainsi que la répression (pour l’instant), et permet de perdurer dans le temps. Mais un point important, pour moi, est d’être sorti du cadre du militant, c’est-à-dire d’une position, face à la population bovinante, du  » moi je sais donc je te dis car tu ne sais pas « .

MINOLTA DIGITAL CAMERAMais est-ce que l’on arrive à donner envie à la personne de s’intéresser à ce que l’on sait ? D’ailleurs, le clown ne distribue pas de tracts. Je me sens beaucoup plus dans l’attitude d’un éducateur social agissant dans une forme de pédagogie active.

Soit le cheminement suivant : l’objectif est de sensibiliser pour donner envie d’aimer, car quand on aime on apprend, quand on a appris, on comprend, et quand on a compris on sait agir.

Le clown, via sa présence, est là pour que les gens se posent des questions : c’est qui ce clown ? Que fait-il ? Pourquoi il fait ça ?

Tout cela en apportant un instant de plus en plus rare : rire et/ou sourire (qui d’ailleurs biologiquement permet la sécrétion de dopamine, une hormone du plaisir). Là, j’espère que ces personnes essayent de trouver
des réponses (difficile à évaluer). Par contre, on sait qu’une sympathie et donc une confiance s’installe. Mais il faut du temps. Et oui !!! Tout et tout de suite me parait très difficile.

Le clown utilise aussi l’effet du miroir et révèle, fait voir la vraie nature des pouvoirs en place. Montrer l’abîme sansA-young-demonstrator-pose-006 fond de leur propre folie en la ridiculisant, en la caricaturant dans sa laideur et son absurdité.

Voila, il me faudrait un certain nombre de pages pour tout développer et justifier comme il se doit.

Vers ou je veux aller :

Vers ce que j’appelle le post capitalisme avec une manière de vie radicool. Le clown me permet un sacré bon en avant pour cela. Il me donne de la force, de la rage et joie de vivre. Être bien avec moi-même pour être mieux avec les autres. Mettre les autres dans une situation de « commencement à échanger » pour savoir quel post capitalisme on souhaite. Avant mise en application.

Pour cela, le monde du travail (choix très difficile pour moi) me permet de sensibiliser un grand nombre de personnes au respect de l’autre et de l’environnement. En ayant une attitude sociale incitative et une vie écologique tendant à une compatibilité avec la nature.

hSmO-i0UKgjn75YaSbB2gCS1xY3jm_l1HVSd3LVKcU0Je privilégie le local : création d’une association d’écologie pratique (avec jardin collectif bio et pédagogique), projet de vie et d’activités collectives, luttes locales avec d’autres assos, qui demandent de plus en plus conseils et aide auprès des clowns.

Au niveau national : participation à l’armée des clowns, à la formation à l’action directe non violente, aux faucheurs volontaires d’OGM et aux réseaux libertaires. Et bien sur : avec toutes les imperfections inhérentes à cette multiplicité.

Donc, rétablir la joie de vivre et l’entr’aide : cette dernière permettant une vie sociale riche qui sinon continue d’être détruite par l’individualisation orchestrée par les pouvoirs capitalistes.

Bref, je vous prie de bien vouloir croire en la sincérité de mes propos. Mais surtout, je ne suis pas figé. Je pense par-dessus tout cela que la pluralité des approches et des pensées fait la richesse de la construction de ce post capitalisme. Évidemment, la richesse de la vie, c’est la diversité.

Vive la vieclowns151212-2

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